Valleiry notre village


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1754 / 1760

Histoire

En 1754, un nouveau règlement de limites termina les difficultés que suscitaient les Genevois aux magistrats savoyens. Le roi de Sardaigne conclut avec la république de Genève le traité de Turin (3 juin 1754), qui fit disparaître la juridiction particulière dite de Saint-Victor et Chapitre. Notre commune fut une de celles cédées au roi de Sardaigne, Charles-Emmanuel III.
Déjà bien avant le traité de Turin, en 1741, sur ordre du roi, le marquis d'Ormea, le Richelieu Piémontais, premier ministre, chargea le juge-mage Paget, ex avocat fiscal à Saint-Julien, de lui fournir dans un mémoire les renseignements les plus détaillés sur la situation des terres de Saint-Victor et Chapitre vis-à-vis de Genève et sur les revenus que cette ville en retirait.
Voici les renseignements donnés au marquis, le 22 mai 1741, sur le chef-lieu de Valeiry, sur la Joux et Chez Berthet, hameaux de notre commune:
Valeiry. Village où il y a un temple appartenant à MM de Genève; cet endroit dépend en partie de la juridiction du Chapitre. Il y a des maisons qui dépendent de la baronnie de La Perrière, appartenant au comte de Viry.
Il y a à Valeiry 19 à 20 maisons de catholiques et semblable nombre de protestants; Genève y perçoit 85 coupes de froment, année commune, y compris les dîmes de la Joux et de Chez Berthet, acensés ensemble sans distinction. Il y a aussi 7 coupes de froment de servis annuels. Le comte de Viry, à cause de La Perrière, a un pilori sur son fief de Valeiry, à côté du grand chemin. Le ministre de Chancy dessert le temple; Genève y tient un maître d'école.
La Joux. Il y a 2 maisons de catholiques et3 de protestants; la dîme et les servis sont compris dans ceux de Valeiry.
Chez Berthet. Il y a 4 maisons de protestants et 1 d'un catholique nommé Maurice Rigot, dit Berthet; la dîme et les servis sont compris dans ceux de Valeiry.

Après le traité de Turin, la situation agricole des habitants changea un peu, car ils n'eurent plus à satisfaire aux exigences de leurs anciens maîtres de Genève; mais le mode de culture était encore mauvais: il n'y avait que des prés naturels; le sainfoin, le trèfle et la luzerne ne furent pas connus avant 1780.

Relations entre Suisses et Savoisiens

Le traité du 24 mars 1760, qui régla définitivement les limites de France et de Savoie, stipula que les deux gouvernements prendraient part à la répression de la contrebande sur le Rhône; malgré ce progrès dans les relations internationales, le cabinet de Turin persista de maintenir entre la Savoie et Genève des barrières morales que désavoua l'opinion. Les habitants catholiques de Valeiry ne purent se rendre à Genève sans remplir des formalités gênantes: défense leur fut faite d'aller à Genève louer leurs journées, de s'y rendre les jours de fête avant midi sans un billet du curé et d'habiter les villages protestants; défense fut également faite aux protestants d'habiter en Savoie sans avoir prêté serment au roi très chrétien. Ainsi inquiétés, les protestants de Valleiry quittèrent la commune et se dirigèrent en Suisse, où ils allèrent habiter à Chancy, à Avuzy, à Sézegnin, etc. C'est ce qui explique pourquoi il y a encore aujourd'hui à Valeiry un très grand nombre de propriétaires de communes Suisses prénommées.
D'un autre côté, l'oeuvre de Saint-François de Sales fut continuée par l'évêque de Genève Biord et le cardinale Gerdil; Le nombre des catholiques grossit bien vite, et ces derniers, qui allaient exercer leur culte à Chênex virent le temple de Valeiry se transformer en une église que plus tard, un évêque d'Annecy, venu pour la visiter, appela " un reste de l'hérésie de Calvin "

Etablissement du cadastre

En 1760, le roi de Sardaigne ordonna à Valeiry l'établissement du cadastre déjà suivi depuis 1738 dans le reste des états de Savoie.; il chargea de ce travail, par lettre à cachet l'avocat Cocelli, directeur de bureau de la péréquation de Savoie et des bailliages de Ternier et de Saint-Julien qui en dépendaient depuis 1754. L'impôt fut depuis beaucoup mieux réparti; ce fut un progrès communal. En examinant le cadastre, on remarque
Que la Joux et Valeiry formaient comme deux communautés distinctes, ayant chacune leurs terrains communaux pâturés par le bétail existant, sous la surveillance de deux bergers publics,
Que la propriété n'était pas bien définie, attendu que plusieurs propriétaires laissaient leurs terres en indivision, système de possession très mauvais, empêchant toute amélioration culturale.
Que les broussailles, les teppes, les pacages et pâturages occupaient à peu près les deux tiers de la superficie totale.
Qu'il n'y avait que bien peu de vignes inscrites sous le nom de hutins (hautains); le sep et les sarments grimpaient le long des branches des châtaigniers écorcés, et plantés en lignes, distantes de 5 à 10 mètres.
Mais que la culture du chanvre était plus répandue en 1760 qu'aujourd'hui.


Informations issues du livre de Jacques Vincent, Gustave Gros et Ruedi Wälti, VALLEIRY 1900, L'histoire de Valeiry, écrite en 1895 par le directeur du cours complémentaire de Valleiry, L. Forestier.


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